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ET SI LA MORT, C'ETAIT CA

 

 

 

Nous baignons tous deux dans cet univers aquatique et protecteur, nageant doucement, avec délectation, dans un espace fait de douceur, de fluidité, de rondeur et de tiédeur amoureuse, qui nous semble infini. Il n’y a aucune séparation entre nous et notre milieu nourricier. Notre début de solidité moelleuse ne subit aucun heurt. Nous nageons au gré d’un mouvement dont nous avons à peine conscience et qui nous ravit. Comme deux tiges d’algue verte bercées au gré d’un courant qui peut être changeant, certes, mais jamais dérangeant, avec cette langueur confiante d’appartenir, ou plutôt de faire intimement partie d’un tout sans contour, relié tout juste à notre base pour nous remplir peu à peu en dedans de ce qui est dehors, et nous vider en dehors de ce qui est dedans, sans pourtant concevoir de frontière solide, naturellement, comme une respiration.

 

Bouches ouvertes avec cette avidité confiante, papilles offertes aux découvertes, nous goûtons avec ravissement des effluves toujours changeantes. Nous apprenons sans doute à différencier des saveurs et des odeurs multiples avec une curiosité naïve et enchantée.

 

La température est constante et douce. Notre monde est d’une richesse infinie de chants, de ruissellements, de rythmes, de battements et de borborygmes, de chutes, de cascades, de frottements et de caresses auditives. Le son d’un tambour tout proche et rassurant pulse comme un soleil sans interruption en égrenant un temps d’insouciance et de ravissement. Quand nous nous reposons, immobiles et flottants, nous parviennent d’autres sons, tout d’abord indéchiffrables, en provenance d’un espace sidéral presque improbable, qui nous enveloppent pourtant d’ondes concentriques et rassurantes jusqu’à nous frôler, nous enrober, nous caresser ou nous cogner, mais de manière assourdie, et qui participent peut-être à ce que nous prenions peu à peu conscience de notre tout début de solidité.

 

Les yeux grands ouverts, nous sommes pourtant presqu’aveugles, sans nous en rendre compte, tant nos perceptions kinesthésiques sont aigües et en même temps alanguies. Nous sommes ce qui nous entoure, nous sommes l’un, nous sommes l’autre, sans séparation, sans conception de séparation, puisque reliés dans ce liquide et par notre base. Nous rencontrant, nous croisant, nous cherchant, nous éloignant, nous dansons ensemble au rythme d’une symphonie aquatique extatique. Notre monde est flou et féérique, d’une coloration plutôt nuancée de rouge et de sombre, notre arc en ciel indéfini et changeant.

 

Bien plus tard, je me suis imaginée que notre sens de la vue défectueux était alors remplacé par le sens de l’amour confiant, dans le flux du donner et recevoir, toujours comme une respiration.

 

Après une infinité de temps rythmé par le battement de la grande horloge, nous avons grandi. Nous prenions de plus en plus de place et nous cherchions à nous rencontrer vraiment. Nous dansions joyeusement ensemble dans cette apesanteur. Nous nous comprenions si bien, nous échangions sensations et émotions par ondes. Il était moi, j’étais lui, multiple et un, nous expansant, tantôt enlacés, à nous imbriquer l’un dans l’autre, tantôt nous échappant pour explorer les confins de notre univers, jusqu’à nous apercevoir, un jour, que notre monde avait des limites et ne nous permettait plus de goûter, de sentir, de jouir comme auparavant.

 

Arriva le moment où, dans les bras l’un de l’autre, cœur contre cœur battant à l’unisson, jambes entremêlées, le bonheur de se sentir si proche et heureux fit place à un sentiment tout nouveau que l’on pourrait qualifier d’anxiété. Pour on ne sait quelle raison, notre monde s’était tout à coup rétréci. Il fallut se rendre à cette évidence. Tout s’assombrissait, ce que l’on pourrait traduire ainsi :

 

Lui : Je t’aime, ma si douce, est-ce que tu ressens que tout ne peut plus être comme avant ? Elle : Oui, mon aimé, cela fait quelque temps que mon cœur ne peut plus se dilater comme avant, je respire doucement pour ne pas prendre trop de place.

Lui : Nous arrivons au terme de ce voyage, ma toute douce, ma moitié, nous ne pouvons rester ici confinés.

Elle : Ainsi c’est fini ? Est-il concevable que notre existence arrive à son terme ?

Lui : En effet, je le crains, il va nous falloir songer à passer de l’autre côté, nous préparer.

Elle : Je t’ai tant aimé, je ne peux me résoudre à te quitter.

Lui : Je ne te quitterai pas, je te le promets, nous nous retrouverons de l’autre côté.

Elle : Comme j’ai envie de te croire, mon doux moi. Mais qui sait ce qu’il y a de l’autre côté ?

Lui : J’ai des mémoires contradictoires. Dehors n’est pas comme dedans. C’est si large et c’est si grand. On dit que l’on peut s’y perdre en se séparant. Et puis, il y a ce passage, il est difficile, étroit, semé d’embûches, mortel parfois. L’on peut se tromper, s’immobiliser, s’asphyxier, au pire s’y abandonner.

Elle : Je ne te quitterai pas.

Lui : On ne peut plus rester ici, ma douce amie. Nous traverserons ce tunnel et, qui sait,  nous trouverons le paradis promis.

Elle : Comment savoir ce qui nous attend ? Mais tu as raison, trouvons ce tunnel, suivons-le ! Et dirigeons-nous vers la lumière ! Suivons notre ressenti ! Des êtres aimants surement nous attendent, qui nous guideront dans le monde du dehors.

Lui : J’ai des traces de souvenirs de cet ordre, moi aussi. J’ai aussi des possibles qui relatent des sorties et des atterrissages dans un monde mauvais, bruyant et laid, dénué d’amour où l’on doit se battre et faire face à la violence pour rester vivant dans un monde de chaos.

Elle : Avons-nous encore le choix ? Ne serait-il pas plus sage de rester ici encore un moment ?

Lui : Rester, ma très chérie, c’est mourir étouffé. Vois déjà comme tout est étriqué, comme nous nous solidifions. Ici, nous ne pouvons plus nous épanouir, notre amour va imploser. Nous n’avons pas le choix, il faut y aller.

Elle : Je sais que tu as raison, mon aimé. J’ai peur. M’aimeras-tu encore de l’autre côté ? Serons-nous séparés ?

Lui : Rien ne saurait nous séparer. Garde le souvenir ! D’abord, le tunnel, c’est là que réside le danger, pas ce qu’il y a après. Je passerai d’abord, d’ailleurs je suis bien placé. J’entrevois la palpitante porte qui nous envoie ses signaux. Je peux à peine résister. Une force étrange m’appelle. C’est par là qu’il faut aller.

Elle : Attends, pas encore, pas tout de suite ! Et s’il n’y avait rien de l’autre côté, y as-tu pensé ?

Lui : S’il n’y avait rien, ma câline, aurions-nous ce frémissement de désir de quelque chose de plus vaste, cette quasi certitude d’un chemin menant vers un inimaginable, un incommensurable ? Ressens-tu cette impression d’ébauche à parfaire, ce besoin d’englober à ton tour ? Ton regard intérieur ne dépasse-t-il pas les frontières nouvelles de ce monde rétréci ?

Elle : Si, bien sur. L’idée de te perdre, mon aimé, un instant, m’a effrayé. J’ai survolé une solitude infinie, un néant, je me suis perdue et tu m’as ramené. Et puis, écoute, ce murmure à l’extérieur, cet appel pressant, comme de l’amour qui encourage. Tu l’entends ? Comme une souvenance lointaine d’immensité, de luminosité, d’amour, de tapage aussi et d’anxiété.

Lui : Je te le dis : garde le souvenir ! Ca ne peut pas s’arrêter. Nous passerons la porte, nous traverserons le tunnel et tu verras : la vie est éternelle.

Elle : Nous allons en quelque sorte mourir à ce monde pour renaître à un autre ? C’est bien cela ? Si je n’ai plus peur, si je reste dans tes bras, je peux imaginer un monde merveilleux. Tout ce que nous avons aimé et ressenti ici ensemble, décuplé dans un monde plus vaste. D’autres nous-mêmes, assoiffés d’informations et de sensations, un monde riant d’une vastitude inimaginable, d’une beauté incommensurable, de l’amour qui éclabousse, de la joie qui déferle de tous côtés…

Lui : Tu t’exaltes, je te retrouve et je t’aime. Sache toutefois que c’est seul, que nous franchirons le passage. C’est, je crois, ce qui nous est demandé. Pour un temps, nous serons séparés mais je te garde en pensée. Et nous nous retrouverons de l’autre côté.

Elle : Il faut y aller. Les parois se durcissent. Il n’y a plus à discuter. C’est plus fort que notre désir. Il y a une volonté plus grande qui nous expulse de notre nid autrefois si douillet et devenu si serré. Ressens-tu cette exigence, ce raz-de-marée ? On ne peut plus lutter. Il faut céder. J’ai peur pour toi. Je me sens emportée. Pars mon aimé ! Souviens-toi, je te rejoindrai !

 

Dans la salle de travail de la maternité des Lilas, des géants en blouses blanches s’affairent pour accueillir les jumeaux de Marie qui, épuisée et douloureuse, se demande si elle va avoir le courage de continuer. Si un Dieu lui viendra en aide, si elle pourra en réchapper. Elle se sent tellement épuisée. Entre deux contractions, elle prie pour rester en vie et avoir le temps d’aimer ses petits qu’elle a mené à terme et tant espéré.

 

 

 

 

Sylvaine Gros

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